Page 19 - Quelques pages de «Dieu, la nature et nous»
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ponsabilité du christianisme dans la crise environne-
mentale, il avait plutôt pour projet de le repenser,
et non de le fragiliser encore davantage, à une
époque où il était déjà largement contesté. Ce
fils de pasteur presbytérien, protestant, et
qui a étudié la théologie, incrimine finale-
ment la religion pour mieux la réformer :
White tente d’apporter une réponse de
l’intérieur du christianisme, et conti-
nuera par la suite la conversation
avec les Églises .
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Seconde réaction :
un travail théologique
D’autres ont pris la crise écolo-
gique comme une occasion de re-
penser en profondeur le rapport
des humains à leur milieu de vie,
et donc de réaliser un approfon-
dissement théologique radical. La
thèse de Lynn White a donc ouvert
un champ de réflexion pour repenser
tous les fondements de la théologie à
partir de la crise écologique.
En réalité, Lynn White n’est pas
exactement le premier à questionner les
liens entre christianisme et crise écologique
à son époque. Une réflexion théologique sur le
rapport à l’écologie a démarré discrètement dans
les années 1960, au sein du Conseil œcuménique des
Églises (COE), sans rencontrer beaucoup d’écho auprès
du grand public [voir p. 92].
En revanche, la thèse de cet historien des techniques
a un réel retentissement dans le monde anglo-saxon.
D’abord dans le milieu de la contre-culture qui n’en voit
que la première partie, celle qui charge le christianisme,
et non la seconde, incitant à la recherche de solutions Dans les années 1980, un tournant décisif est appor-
dans la réforme du christianisme. Le texte provoque aus- té à l’écothéologie par le protestant Jürgen Moltmann.
si une onde de choc parmi les théologien·ne·s. À partir En 1985, le théologien allemand publie Dieu dans la créa-
des années 1960 se développent donc plusieurs courants tion. Traité écologique de la création, qui tisse des liens entre
d’écothéologie, qui restent cependant minoritaires pen- sciences naturelles et théologie. Selon lui, ces deux do-
dant des décennies. Pourquoi ? « Socialement, à cette maines sont unis « dans une communauté d’urgence
époque, les écologistes étaient majoritairement perçus face à la crise écologique : il faut arrêter de penser la
comme des hippies, des proches du mouvement New distance entre elles, mais trouver leur partenariat pour
Age, des libres-penseurs, des scientifiques athées ou des parvenir à une conscience écologique du monde », ré-
gauchistes. Cela explique que beaucoup de chrétiens ré- sume Damien Delorme . Parce qu’il est un penseur et
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sistaient au fait d’embrasser la cause écologiste, que ce un théologien reconnu institutionnellement, et que sa
soit en Suisse, en France, en Europe ou aux États-Unis », pensée s’élabore de manière systémique, donc qu’elle in-
analyse Damien Delorme. Le COE se voit mis en cause terroge tous les fondements de la théologie, Moltmann
au cours de ces années dans certains cercles ecclésiaux, « contribue à légitimer et à populariser » la question
car soupçonné de porter une idéologie marxiste. écologique dans le christianisme.
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